Emile Nelligan

“Le Vaisseau d’or”, le manuscrit d’Emile Nelligan, métaphore de la descente aux enfers de son auteur devenu schizophrène, a été adjugé pour 23 000 dollars mercredi soir à l’Hôtel des Encans à Montréal.

Cette version, datée du 4 mars 1912, serait la plus fidèle à l’oeuvre originale, la version “actuelle” pourrait en effet avoir subbit quelques modifications depuis l’écriture de ce poème en 1899.

L’acheteur et le vendeur tiennent à rester anonymes.

Le Vaisseau d’or

Ce fut un grand Vaisseau taillé dans l’or massif:
Ses mâts touchaient l’azur, sur des mers inconnues;
La Cyprine d’amour, cheveux épars, chairs nues,
S’étalait à sa proue, au soleil excessif.

Mais il vint une nuit frapper le grand écueil
Dans l’Océan trompeur où chantait la Sirène,
Et le naufrage horrible inclina sa carène
Aux profondeurs du Gouffre, immuable cercueil.

Ce fut un Vaisseau d’Or, dont les flancs diaphanes
Révélaient des trésors que les marins profanes,
Dégoût, Haine et Névrose, entre eux ont disputés.

Que reste-t-il de lui dans la tempête brève ?
Qu’est devenu mon coeur, navire déserté ?
Hélas! Il a sombré dans l’abîme du Rêve !

Emile Nelligan

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